Contexte : Le père de Rose, en rentrant un soir de la grande ville, frappe un chevreuil. Son pickup qui allait vite sur l’autoroute tombe dans rivière. Il meurt.
ROSE (7 ans)
J’ai les pieds dans la rivière, les cailloux entre les orteils. J’avance aussi loin que je peux tout en toujours touchant au fond de l’eau parce que je sais pas bien nager. Et le courant est fort. J’approche ma bouche de l’eau. Je te parle, mon petit papa poisson.
Papa poisson, es-tu là ? Es-tu là, papa poisson ? Viens me bécoter les orteils, les orteils de ta pétale de Rose.
Maman pleure sans arrêt depuis que tu es parti. Tellement qu’elle a inondé la cave de ses larmes. Elle a dût appeler l’oncle ricaneur, Richard, pour qu’il l’aide à chasser l’eau de notre cave. J’aurais voulu qu’on la garde, toute cette eau, car comme ça j’aurais pu te repêcher et t’aurais pu revenir habiter avec nous. Maman et moi on pourrait dormir sur des matelas gonflables sur l’eau et quand on voudrait entendre tes histoires on aurait qu’à mettre nos oreilles près de l’eau.
Je me dis que tu dois être une barbue de rivière car j’aimais tant enfouir mon visage dans ta grosse barbe épaisse noire. Aussi, t’étais aussi doux qu’un vieux matou qui passe sa journée à ronronner au soleil.
